BOUGLIAKOV, histoire de famille

 CREATION COLLECTIVE EN TROIS TEMPS

TEMPS 1

Dans le cadre des Cartes Blanches, sorte d’expression hors cursus proposée aux élèves de deuxième année du Conservatoire, Fanny Santer réuni une équipe d’acteurs et explore dans un premier temps le corps de l’acteur pour inventer ensemble une histoire et y chercher les tensions dans les rapports entre les êtres et dans un espace donné.

Une famille. Des gens du voyage. Arrivent sur un nouveau terrain et apprennent, réapprennent à vivre leur quotidien. Et un étranger. Entre violence, haine, rencontres, maladie… à quoi peut ressembler le destin de chacun ?
Les poésies se jalousent, les corps s’entretiennent, pour retrouver leur équilibre dans un état dénoué, fragilisé par les malvenues et les coups. Et ceux sont ces âmes que l’on retrouve derrière un carton vide, dans un caddy bosselé, dans une cuisine délabrée, et qui tentent d’échapper à ce qui pourrait être un drame.
La famille. Famille ! Quel est donc ce mot qui, en chaque condition, prend un sens nouveau, à peine prononcé ?       Comme le silence…
Ce qui est dit là, c’est le vrai du Sens, dans le sang et dans les bruits. La parole brute est lancée, les corps sont lâchés.
Dans Bougliakov histoire de famille, le choix d’extraire toute forme   écrite dans un langage parlé, tendrait vers les réelles difficultés de communication au sein d’un foyer, d’un groupe. Bougliakov histoire de famille propose une forme brute, sans nécessité frontale de rapport à son public. Plus l’espace est « anti-théâtrale », plus l’appropriation du lieu est à l’endroit de la pièce et des ses enjeux, dans sa forme brute.

TEMPS 2

Bougliakov, Histoire de famille venait tout juste d’être crée au Conservatoire dans le cadre des Cartes Blanches lorsque les Sans Papiers de Paris, sous la dénomination “Ministère de la régularisation de tous les sans papiers”, nous ont invité à partager notre travail avec eux et qui d’autre le souhaitait, en vue de récolter des fonds pour la marche de solidarité Paris-Nice qui dénonçait leur expulsion prochaine. Nous avons donc re-questionné et re-configuré la pièce dans son nouvel espace : la cour intérieure de l’ancienne caisse des assurances maladie, habitation de fortune avant qu’ils n’en soient expulsés. Sensible à leurs préoccupations nous proposions notre vison du sujet par le prisme de notre matière théâtrale qui semblait suffisamment fertile pour échanger, partager, communiquer pour et avec eux.

 

 TEMPS 3 

Accueilli en résidence au 232U, le Jackie Pall – Theater Group repense la pièce, essentiellement selon un cahier des charges propre au travail de Christophe Piret, son directeur, qui consiste à faire entrer en contact perpétuellement les artistes résidents et le voisinage du 232U, avec qui il entretient des rapports de confiance depuis la création du Théâtre de Chambre. Après de multiples rencontres, sous forme d’improvisations furtives dans les habitats alentours effectuées durant la période de résidence, nous invitons enfin nos voisins à venir partager un repas, comme celui d’une dé-pendaison de crémaillère. Le Festin Drama-tragique devient la nouvelle dénomination du travail :

Parce que la place que nous attribuons au public le rend nécessaire à la représentation, acteurs et spectateurs ont sensiblement la même place ; ils sont réunis autour d’une seule et même table, formant un U. C’est en tri frontal donc que se joue notre pièce, donnant ainsi à l’espace central le dessin d’une arène. Au départ rien se semble présager quelque fiction que se soit. Les convives prennent place et dégustent avec curiosité le modeste menu préparer par leurs hôtes. Ce sont ici les relations et la sensibilité entre les individus que nous examinons ; la famille en représentation face à son assemblée, où les tensions se dévoilent, où les non-dits ressurgissent comme des vieux démons dans l’arène des combats. Les tableaux se succèdent, pour ne pas dire les numéros (de clowns ?), et fractionnent le festin : les corps se lancent et les acteurs construisent des monstres. Des êtres sous l’hégémonie d’un père qui n’a pour seul but d’avoir imaginé ce cirque pour y vendre la virginité de sa fille. Chorégraphie hiérarchique / La mère chante Dalida / Sexy sketchs des enfants / Lap défilé dance / Malsaines short vidéos (en direct) / Concert d’objets … L’arrivée d’un étranger, le « paki » venu vendre des roses, va progressivement et involontairement dévier le cours de la soirée, et son propre destin. Le spectateur assiste impuissant à la dure conséquence d’un malentendu : les rapports deviennent opaque et le quatrième mur semble se refermer tant la fiction dépasse la représentation, qui dérape.